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Texte rédigé par Denis Prouvost

Inventaire du patrimoine de Paris

Extrait de la revue Paris-Villages n° 6 page 20

 

Les dernières boites à sable de la Ville de Paris

Il existe à Paris au moins trois énigmatiques petits édicules en fonte, construits sur un même modèle.

Il est bien difficile aujourd'hui de deviner leur fonction initiale.

Une découverte fortuite dans un manuel sur le nettoiement de Paris des années 1920 nous a mis sur la piste : il s'agit d'anciennes boîtes à sable.

Nous allons essayer de retrouver leur origine, de retracer leur histoire et de comprendre par quelles curieuses circonstances elles subsistent aujourd'hui.

Du sablage au salage

Pendant longtemps, on procéda à l'enlèvement de la neige, soit par transport à des emplacements spécifiques de la voie publique, soit par projection directe en Seine ou en égout.

Puis cette opération, très lourde, ne fut plus réservée qu'aux cas de fortes chutes de neige, les services municipaux préférant le sablage, moins compliqué à mettre en œuvre.

Le sablage était utilisé d'une manière générale pour lutter contre les chaussées rendues glissantes, non pas seulement par la neige ou le verglas, mais aussi par les déjections issues de la traction hippomobile. Afin de faciliter la tâche des cantonniers municipaux, et mettre du sable à leur disposition au plus près du terrain, furent disposées sur les trottoirs des boîtes à sable. Les cantonniers pouvaient ainsi, dans des délais très courts, effectuer un épandage de sable sur les chaussées, à l'aide de brouettes et de pelles.

Mais le sablage n'était pas sans inconvénients : il n'agissait que temporairement et finissait par s'agglomérer à la neige ou au verglas. De plus, lors du dégel, le sable laissait les trottoirs sales et engorgeait les égouts.

A partir de 1880, le sablage fut progressivement remplacé par le salage. Le sel, mélangé à la neige ou au verglas, abaisse fortement la température de solidification du mélange ainsi constitué, et provoque donc la fusion de la neige ou du verglas.

Le salage présente de nombreux avantages sur le sablage : il est plus efficace, plus rapide, moins coûteux et les revêtements restent propres lors du dégel.

Ce n'est qu'à partir de 1917 que les proportions optimales de sel à répandre, définies scientifiquement, furent appliquées sur le terrain, permettant une meilleure efficacité du salage qui restait jusque là inefficace en cas de fortes chutes de neige.

A partir de cette même période, on assiste à la décroissance progressive de la traction hippomobile, renforçant le désintérêt pour le sablage.

Cependant, lors des grands froids, les parisiens se sentant abandonnés par l'administration si la chaussée n'était pas recouverte de sable, les services de la ville eurent l'idée d'utiliser un mélange sable/sel dont la proportion de sable alla en diminuant progressivement chaque année jusqu'à son abandon total.

Les dernières boîtes à sable

Vues séparément, les trois boîtes à sable subsistantes peuvent paraître de modèles différents, alors qu'il n'en est rien. Cette impression est due à la fois à des peintures de couleurs variées, à un enfoncement progressif dans le sol par bitumages successifs pour l'une d'elles, et enfin et surtout par des couvercles de hauteurs différentes. Les boîtes, construites en fonte, sont constituées d'un tronc conique de section rectangulaire. Au-dessus du tronc conique, une corniche arrondie sur les faces antérieures et postérieures arbore, sur l'arrondi de la face antérieure, la devise de la Ville de Paris.

Tentative de datation

On ne connaît pas les dates exactes de fabrication et d'installation des boîtes à sable. Cependant, la face antérieure des boîtes présentant la Légion d'Honneur, arborée par les armes de la Ville depuis 1901, mais pas la Croix de Guerre, arborée à partir de 1919, on peut avancer la période 1901-1919. Le style Art Nouveau des motifs décoratifs confirme d'ailleurs cette même période.

Avec leur couvercle grillagé exposant leur contenu aux intempéries, les boîtes à sable ne pouvaient pas servir à stocker du sel. Après 1917, avec l'affirmation de la préférence pour le sel au détriment du sable, il est peu probable que de nouvelles boîtes aient été installées. Le nombre qui nous est connu de 32 boîtes en 1923 pourrait donc constituer le maximum jamais atteint. Il semble cependant bien faible pour couvrir tout Paris. Installées peu de temps avant l'abandon du sablage, les boîtes à sable seraient-elles les reliques d'une expérimentation jamais généralisée ?

Réutilisation salvatrice

Lorsqu'on connaît l'empressement parfois regrettable des services municipaux à faire disparaître de nos chaussées et trottoirs tout élément jugé obsolète, on ne peut que s'interroger sur ce mystérieux répit accordé aux boîtes à sable. En s'approchant des boîtes, on perçoit un vrombissement caractéristique d'une ventilation et on sent un léger courant d'air qui s'échappe du couvercle : les boîtes servent aujourd'hui de cheminée de ventilation aux "lieux d'appel" de la Propreté de Paris. Indice révélateur, à proximité de chacune de nos trois boîtes, existe un escalier de descente vers un de ces locaux souterrains servant de vestiaires aux cantonniers de la Ville de Paris. Nous émettons l'hypothèse qu'à une date indéterminée, les boîtes à sable, devenues sans utilité, ont été remisées, et qu'à une date non moins indéterminée, un ingénieur eut l'idée de les réutiliser en cheminées de ventilation des locaux souterrains de la Propreté de Paris. C'est ce qui nous vaut aujourd'hui leur heureuse préservation.

Les dernières boîtes à sable de Paris constituent un modeste patrimoine parisien. Elles font partie de ces petits monuments qui font le charme de nos rues. Elles doivent être mieux connues des Parisiens mais aussi des services de la Ville de Paris, qui pourraient leur faire bénéficier d'un entretien mieux adapté et homogénéisé. Des recherches plus poussées, en bibliothèque et en archives permettraient de mieux préciser leur origine, leur période d'utilisation, de remise et de réemploi. Du personnel des services de la Ville de Paris, retraité ou encore en activité, pourrait également fournir de précieux témoignages.

Enfin, les trois boîtes recensées ne sont sans doute qu'une partie des boîtes préservées. L'auteur remercie d'avance les lecteurs qui lui signaleraient l'existence d'autres boîtes.

Description

La face antérieure présente, dans l'entrecroisement d'une branche de laurier et d'une branche de chêne, le blason de la ville de Paris. Les faces latérales, identiques, présentent, quant à elle, dans l'entrecroisement de deux ramifications d'une même branche de laurier, la superposition d'un cercle et des initiales de la Ville de Paris.

L'ouverture supérieure, qui permettait l'approvisionnement en sable, est fermée d'un couvercle grillagé.

L'ouverture inférieure est fermée par deux petites portes surmontées d'une décoration de coquille Saint-Jacques en creux.

Ces deux portes tournent chacune sur un axe et, ouvertes, laissent échapper le sable sur le trottoir.

 

Bacs à sable le retour ?

Extrait de la revue"à Paris" numéro 53 Hiver 21014-2015 page 10

Prévention

DES BACS POUR SALER LES TROTTOIRS

Afin d'aider les parisiens à satisfaire à leurs obligations de salage des trottoirs devant leur domicile, 54 bacs à sel de 200 litres sont mis à leur disposition depuis le 15 novembre dans les rues en pente de trois quartiers : Butte-aux-Cailles (13e), Montmartre (18e) et Buttes-Chaumont (19e).

Tél. 3975, Paris.fr

 

 

 


© Jacques CUNY 17/12/2014

armoiries de la ville de paris sur les bâtiments